jeudi 17 janvier 2019

L'Escrime Ludique au service du Jeu : Entre culture Martiale, Sportive et Expressivité "théâtrale" ?

copyright : xiaobaosg
Cet article est né suite à la publication, parfois controversée, du Traité d'Escrime Ludique de la FédéGN , pour lequel nous avons été critiqués sur certains aspects.


Comme la critique est toujours positive, dans le sens où elle suscite réflexion, débat et clarification des positions des débatteurs, je voudrais ici apporter une réponse personnelle.


La critique principale portait sur l'existence, dans le traité, de références pédagogiques issues des Arts Martiaux (AM) ;

En fait certains débatteurs, estimant que l'EL est un sport, jugeaient que ces pédagogies issues des AM ne servaient à rien, voire étaient contre-productives à son enseignement et au développement des Escrimeurs Ludiques;
Du coup, ils posaient la question de la pertinence de la méthodologie utilisée pour l'apprentissage...

Notre avis est que l’EL ne peut être considérée comme seulement un sport car c'est une activité multifacettes, selon les pratiquants, les endroits où on la pratique et les contextes de jeu. Affirmer "péremptoirement" que l’EL est uniquement un sport serait dangereux pour la cohésion de la communauté des joueurs et, à notre sens, fragiliserait l'activité dans sa mise en place actuelle.
La FédéGN a retenu une définition permettant d’accueillir au sein de l’activité tous les pratiquants quelque soit leur style, leur Parti Pris ou leur objectif de jeu ou de sport. Nous avons bâti le concept des Parti Pris autour de cette volonté de rassemblement. Pour autant la définition “FédéGN” ne se veut pas “biblique” mais plurielle. Cela  fait que parfois l'Escrime Ludique fédéGN rentre dans le domaine du sport, parfois de l'expression "artistique", parfois de l'art martial...

Explication : du SdC, de l'Expressivité et des AM ! 


Pour moi, l'Art Martial, au delà de l'aspect létal qu'il peut rechercher (qui n'existe pas dans l'EL toutes tendances confondues, evidemment) est une activité dans lequel la gestion de l'incertitude et de la versatilité des situations est le but ET le moyen employé.

l'Art Martial "traditionnel" ou actuel, historiquement, est issu du contexte militaire ou de self-défense civile; Son expression actuelle, moderne, est mise en place, codifiée, utilisée par les militaires des armées modernes ou les forces d'interventions policières dans le cadre de leurs missions. Dans tous les cas, il fait référence à des situations inégales et asymétriques, et vise à donner les moyens de réponse adaptée à ces contextes mouvants : surprise, adversaires parfois inconnus, gestion d'un terrain difficile, armes différenciées entre les adversaires, etc...

Dans le Sport, les conditions sont connues : Terrain, arme, nature et possibilités de ou des adversaires, lieu du combat, horaires et moments de mise en situation du combat, durée de celui-ci... Les paramètres sont globalement symétriques pour les adversaires (donner, au préalable, "les mêmes chances à chacun" est le crédo du sport).
Dans l'art martial, il faut gérer ces mêmes paramètres, mais, leur moment d'expression est inconnu (on ne sait pas quand, comment, combien d'adversaires, et les possibilités de ceux-ci), mais en plus, il peut y avoir une asymétrie dans les paramètres que chacun des adversaires déploie sur le lieu du combat.

Le Sport de Combat se veut et encourage l'affrontement symétrique, l'Art Martial est, par essence, asymétrique et recherche cette asymétrie comme moyen de prendre l'avantage.
Dans les deux cas, le but est de montrer / prendre l'ascendant sur l'adversaire, mais d'une manière propre à chaque activité.

Dans l'Expression "théâtrale", on cherche à mettre en scène et représenter des personnages dans un contexte donné. Ce contexte peut être celui de "la guerre", la rixe de rue, ou même un tournoi d'escrime (historique, fantastique, moderne ou futuriste...). Selon le scénario, il peut donc proposer des situations symétriques ou asymétriques. L'enjeu n'est pas tant le contexte que l'interprétation des protagonistes au service d'un scénario de combat (et donc de Jeu) pré-déterminé (que le combat soit "calé" ou "confiance" - pour reprendre d'autres concepts). Donc, ce mode de jeu, est "un peu à côté" de notre premier propos, même s'il est complètement inclus dans l'EL proposé par la FédéGN.

"Le GN, c'est la guerre !..."



du duel asymétrique...
Après ce titre sous forme de boutade, observons le GN (et, donc l'EL qui en découle) :

On est en extérieur, ou dans un lieu souvent inconnu avant le GN ou le moment du combat; On ne sait pas quand le combat peut commencer (situations d'embuscades ou de discussion qui dégénère "en jeu, en roleplay"). Le terrain est "mouvant et fluctuant" (couloir, large terrain, forêt, boue, herbe, graviers, etc...) et un "bon joueur" joue" avec le terrain pour pourrir le jeu de l'autre. Il n'y a pas qu'un seul adversaire (parfois oui, mais, rien n'interdit de combattre à 2 ou 3 contre 1).


Tonfa, batte et armes de poings ? Bon, là, c'est "vraiment" la guerre post-apo ! - copyright : Mesnie des délices


Oui, c'est du GN !


Les situations de jeu font souvent référence à des situations "militaires"...

Les conditions sont parfois symétriques (le duel annoncé), mais le plus souvent asymétrique ( adversaires différents, nombre différent, PV différents, etc...) ;
Même en duel, à partir du moment ou l'on autorise des armes différentes, on introduit de l'asymétrie...

De l'asymétrie et du bordel ... "la guerre, gross malheur" !
Dans le même ordre d'idée, et pour se rattacher directement au Jeu, rien que le fait de choisir des PV "loc" ou "deloc" fait pencher la balance en direction du Martial ou du Sportif... (Nous vous laissons réflechir à ce que cela implique en terme de jeu, de tactique et de technicité induite... voire de pédagogie pour l'animateur !)


Ne sommes nous pas dés lors dans des situations bien plus proches de celles ayant façonné l’Art Martial (traditionnel ou moderne) que celles du Sport ?

Notre pédagogie se doit d’en tenir compte.


Evidemment que nous ne sommes pas dans une recherche de "martialité ultime" dans le GN, et que celui-ci est un "jeu", que nos armes sont en mousse inoffensive et que nous cherchons juste à faire perdre les PV des autres joueurs... mais, les situations de jeu font bien des fois penser à de situations de "survie combative"...
Nous sommes des "guerriers rêveurs", qui jouont , evidemment, mais, parfois, ces situations de jeu sont quasi-simulatrices, de manière évidemment soft et ludique, à des situations de guerre ou de self-défense...

Parfois, aussi certains ressorts du combat de spectacle- par exemple évoqués dans cet article -  seront bien utile au Joueur, pour développer une expressivité théâtrale combattante qui permet d;habiller ou de renforcer le jeu combatif de son Personnage


Réfléchissez bien amis GNistes ... l'embuscade dans les fourrés, sur le petit chemin en contrebas... la discussion de taverne qui dégénère et fini en combat "à la crade" autour du mobilier , le combat de ligne entre deux "armées" de 200 joueurs, le carrefour stratégique que vous devez "tenir" 2 heures absolument, avant de le céder à l'ennemi, en s'aidant d'une barricade fabriquées avec des branchages pour augmenter ses chances de tenir,  etc... vous ne l'avez jamais fait en jeu ?

En Capoeira ( art martial brésilien) , il y a une notion qui me semble refléter cet aspect "mutin martial" qui anime le Gniste, c'est la notion de Mandinga, ce mélange de filouterie et de ruse, mélée à l'amusement et la joie de faire "une bonne blague" (Merci Jean-Marc pour cette précision!)... Si ça participe au test et à l'éducation du capoeriste, et si c'est un ressort du Jeu capoeiriste, alors pourquoi pas de celui du Gniste ?

Le Sport vise à "gagner" sur l'autre, l'Art Martial vise ce même but, mais parfois aussi à "seulement ne pas perdre" . Dans le contexte du Jeu, il s'agit, effectivement et bien souvent de "ne pas perdre ses PV complètement", pour pouvoir se faire soigner par notre apothicaire ou médic préféré !

Donc, les conditions pédagogiques de l'Art Martial sont pertinentes sur certaines situations; Dans d'autres cas, ce seront les conditions pédagogiques du Sport que seront les plus adaptées. Enfin, dans sa partie Narrativiste, l'EL se doit de faire appel à des pédagogies issue du combat de spectacle, voire du théâtre lui-même...

Les différentes facettes d'une même pièce
Considérons donc que ce sont les trois faces d'une même pièce "qu'il faut jouer" (ah, la bonne blague !) différemment ou conjointement selon la contextualisation de ce que l'on souhaite développer comme qualité de joueurs.

Et du coup, ne nous opposons pas, mais soyons d'accord pour dire que chaque domaine et chaque pédagogie peut amener une "expérience utilisateur" nécessaire à l'amélioration de notre jeu.

ps : ce qui est amusant, de plus, c'est que, même en prétendant faire "du sport", parfois, certains instructeurs font appel, en fait, à des notions martiales (issues de vieux traités d'AMHE par exemple)... l'inverse étant parfaitement vrai, aussi...
et que certaines pédagogies, tant des AM que des SdC, usent de ressorts pédagogiques du combat de spectacle (les séries codifiées, drills et autres séquences répétées sans incertitudes...) 


Reynald Némery

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