"Vivons moitié pour nous-même, moitié pour les autres"

Le pourquoi du comment

Mon article sur [ le iaï "à deux armes" ] a suscité des réactions et des réflexions intéressantes. Je partage avec vous celle-ci, orientée "karaté", mais qui peut s'appliquer à n'importe quelle dimension des AM japonais, et plus généralement à toutes les activités transmettant une connaissance à partir de gestes préarrangés et codifiés. 

Les activités qui ne se transmettent que par le biais de l'expérience pratique "en jeu" sont sans douté "moins concernées", car dans celles-ci le comment est directement connecté au pourquoi. Du moins, le pourquoi prend le pas sur le comment, et le pourquoi devient l'élémént central - le comment y étant subordonné, pour mieux réussir le pourquoi -

Dans les autres activités, qui, en plus donnent souvent une importance au mode "solo", il peut y avoir la tentation de mettre le comment au centre, et en y subordonnant le pourquoi. 



(merci à Guy Perez, de "la bière et le sabre" pour la vidéo)

Peut-être cette approche majoritaire par le comment résulte-t-elle d'une évolution récente  - désengager la pratique martiale japonaise d'une gangue - trop - martiale (séquelle d'une seconde guerre mondiale ou il fallait prouver que le Japon était redevenu un pays "civilisé" ?).
Peut-être correspond-elle a un mode de transmission culturelle - trop - privilégié, dans laquelle on ne donne que peu d'explications, pour obliger l'élève à réfléchir par lui-même, être actif dans son apprentissage, se poser des questions... ? - Eternelles questions sur l'apprentissage actif par rapport à l'apprentissage passif - 
 
Peut-être est-ce fait dans un but de sélection des pratiquants ( ceux qui se contentent du comment / ceux qui veulent en plus le pourquoi ? )

Mais est-ce que cela a toujours été ainsi ? 

Je n'ai pas les réponses. 
Toujours est-il que je me place, en tant que pratiquant occidental, issu d'un rapport à l'enseignement basé sur la réflexion théorique et sa liaison avec la pratique. En Occident, oui, on décortique, on compare, on analyse, on veut, sans doute comprendre avant de faire ... Notre approche à la connaissance, qu'elle soit pratique ou théorique - n'est pas la même et nous est propre. Elle est le reflet de notre culture, et dans une perspective moderne et actuelle, on ne peut - doit - pas la renier, sous prétexte d'orientalisme exagéré ;)

 
Je dirais, plutôt que, pour faire bien, j'ai - on a - besoin de comprendre... 

le but est comment bien faire, et pour cela, savoir pourquoi, dans le temps de l'apprentissage, me parait essentiel. Et, pour moi, l'étude des bunkai est fondamental. Sans cela, on perd du temps, on est moins efficace dans l'apprentissage du kata... En tout cas, moi. 
Je prends un exemple concret : En ce moment, "jeune" pratiquant de karaté wado-ryu, je suis dans l'apprentissage des pinan... 
L'apprentissage est lent, car, la gestuelle est parfois "bizarre, forcée, voire anti-naturelle" - selon mes conceptions, et mes expériences passées, en tout cas. 
Pourquoi ces katas ont-ils été codifiés comme cela, quel est(sont) le(s) sens des gestes que je fais ? 
Si je ne les comprends pas, si je ne vois pas à quoi ils servent - "pourquoi ?" - je les retiens moins et les fait moins bien - mon "comment" est moins performant - 


Et, cela, même si, clairement la gestuelle est "irréaliste fonctionnellement". 

Clairement, parfois, des choses me gênent, ou me semblent obscures, ou transformées ou masquées. Alors, je pose des questions et cherche par moi-même... Et j'observe les réponses ou non-réponses données... 

Comprenons : Je veux bien travailler avec mon corps une gestuelle irréaliste (à mon sens) - faire le comment honnêtement selon les canons du style - mais, j'ai besoin d'avoir un pourquoi réaliste ; L'alliance des deux me permet de me poser les bonnes questions, analyser le pourquoi du comment... et donc mémoriser, progresser, critiquer - dans le sens scientifique du terme - ce que j'apprends pour mieux me l'approprier, de manière personnelle 

Car, c'est le but de la pratique : Construire petit-à-petit, sa propre compréhension du sens et de l'utilitarisme de la matière étudiée. 
Une fois que j'ai cela, alors, je peux continuer de pratiquer la gestuelle demandée, car je sais, alors, qu'au delà du comment, nécessaire, je travaille, en fait le pourquoi , le cœur de la pratique.

N'inversons pas les choses : Ne rendons pas le comment plus important que le pourquoi

Le comment donne accès au pourquoi, mais c'est le(s) pourquoi qui est la vraie recherche et devrai(ent)t donner naissance au(x) comment. Le comment devrait être la conséquence du pourquoi



Au sujet de l'expression "le pourquoi du comment" 

Signification La cause, la raison, l'explication. 
Origine Cette expression apparaît dans la première moitié du XXe siècle pour désigner les raisons pour lesquelles une chose est arrivée, comment, ses modalités. L'explication est synonyme d'explication complète. 

Pour finir, quelques citations ? 

 
Celui qui a un " pourquoi " qui lui tient lieu de but, de finalité, peut vivre avec n'importe quel "comment ". 
Friedrich Nietzsche 

Rien n'est plus difficile que de réfléchir. Voilà sans doute pourquoi cela tente si peu de gens 

Bernard Le Bouyer de Fontenelle

Enregistrer un commentaire

0 Commentaires